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L'affaire des Poisons est une série de scandales impliquant des empoisonnements survenus entre 1679 et 1682, sous le règne de Louis XIV, qui secouèrent Paris et la Cour. Plusieurs personnalités éminentes de l'aristocratie furent impliquées, et ces affaires installèrent un climat hystérique de « chasse aux sorcières » et aux empoisonneuses.
Au début de l'affaire, une cassette avec neuf lettres et des poisons
En 1672, à la mort d'un officier de cavalerie, Godin de Sainte-Croix, on découvrit dans ses papiers, dans une cassette rouge, neuf lettres de sa maîtresse, la Marquise de Brinvilliers ainsi qu'une reconnaissance de dette de la marquise, d'un montant de 30 000 livres et divers produits toxiques servant aux empoisonnements.
Dans ses lettres, la marquise reconnaît aussi avoir empoisonné son propre père et ses deux frères pour s'approprier leur part d'héritage. Dans la même cassette, la police trouve aussi une procuration du receveur général du clergé, Pierre Louis Reich de Pennautier, datée du 17 février 1669, autorisant un marchand de Carcassonne à recevoir par l'entremise de Godin de Sainte-Croix, de la part de la Marquise de Brinvilliers, une somme de 10 000 livres qu'il lui aurait prêtée sous le nom de Paul Sardan.
Sur le paquet est écrit « papiers pour être rendus à M. de Penautier, receveur général du clergé, et je supplie très humblement de bien vouloir les lui rendre en cas de mort, n'étant d'aucune conséquence qu'à lui seul ». Un dernier document, une quittance signée de Cusson, le marchand de Carcassone prouve que la Marquise de Brinvilliers a remboursé deux mille livres à Cusson le 30 novembre 1669.
La fuite en Angleterre et les efforts de Colbert pour que l'enquête avance
Une fois la cassette découverte, la Marquise de Brinvilliers fut citée à comparaître devant la justice le 22 août 1672, mais se refugia à Londres puis à Liège, dans un couvent, où elle sera arrêtée quatre ans plus tard, après avoir été jugée par contumace en 1673, par un agent de l'officier de police La Reynie.
La Chaussée, valet de Godin de Sainte-Croix, est lui arrêté dès le 4 septembre 1672. Jugé en février 1673 il est condamné à être rompu vif fin mars, car il est considéré comme le complice de la Marquise de Brinvilliers.
Dès le 3 décembre 1672, Colbert tente d'obtenir le retour en France de la Marquise de Brinvilliers mais sans provoquer d'incident diplomatique avec l'Angleterre. Il écrit ainsi à l'ambassadeur de France à Londres pour tenter d'obtenir l'extradition de la Marquise de Brinvilliers, en indiquant « Si le Roi d'Angleterre voulait bien la faire arrêter, la faire mettre aussitôt en un bâtiment et l'envoyer promptement à Calais, cela serait fait et exécuté auparavant que personne en eût connaissance ».
L'arrestation de la marquise et celle de son ami Pennautier
La Marquise de Brinvilliers est retrouvée dans un couvent à Liège et arrêtée le 25 mars 1676 par la ruse d'un exempt de police déguisé en prêtre, puis extradée, ramenée en France et soumise à un premier interrogatoire le 17 avril 1676 et écrouée à la Conciergerie le 26 avril 1676, alors qu'elle refuse d'avouer. Sa tentative de suicide échoue. Son long procès (29 avril - 16 juillet 1676), sa condamnation et son exécution sont rapportées dans la correspondance de Madame de Sévigné ainsi que dans les Crimes Célèbres d'Alexandre Dumas.
Pierre Louis Reich de Pennautier fut emprisonné le 15 juin 1676 à la Conciergerie, après avoir été mis en cause par la Marquise de Brinvilliers, qui déclare aux enquêteurs lors de nouveaux interrogatoires: « s'il dégoutte sur moi, il pleuvra sur Penautier ». Ce dernier est alors cité dans une autre affaire d'empoisonnement : mme Hanivel de Saint Laurens, alias Marie Vosser, veuve de l'ancien receveur du Clergé de France, l'accuse d'avoir empoisonné son mari le 2 mai 1669, pour pouvoir prendre possession de sa charge, ce qu'il fit effectivement le 12 juin 1669. Pennautier fera intervenir de nombreux ecclésiastiques et fut libéré de prison le 27 juillet 1677 après treize mois dans les geôles.
Le 26 juin 1676, Louis XIV écrit à Colbert: « sur l'affaire de Mme de Brinvilliers, je crois qu'il est important que vous disiez au premier président et au procureur général, de ma part, tout ce que de gens de biens comme eux doivent faire pour déconcerter tous ceux de quelque qualité qu'ils soient qui sont mêlés dans un si vilain commerce ».
Les secrets de Polichinelle
Dans un second temps, sept ans après les faits et trois ans après l'exécution de la Marquise et de son valet La Chaussée, l'affaire rebondit sur le terrain des messes noires. En 1679, l'enquête révéla qu'une certaine Marie Bosse avait fourni des poisons à certaines épouses de membres du Parlement voulant empoisonner leur mari. Marie Bosse dénonça la femme Montvoisin, dite « la Voisin ».
Les « révélations » des inculpés portant sur des personnes de qualité, il fut créé un tribunal spécial : la « Chambre ardente ». De grands personnages, surtout des femmes, furent alors cités : Madame de Vivonne (belle-sœur de Madame de Montespan), Madame de La Mothe, Mademoiselles des Œillets et Cato (femmes de chambre de Madame de Montespan), la comtesse de Soissons, la comtesse du Roure, la comtesse de Polignac, le maréchal de Luxembourg, et d'autres encore.
Le lieutenant de police La Reynie peina à trouver des preuves autre que des témoignages parfois farfelus. A l'accusation d'empoisonnement s'ajouta d'autres : meurtres d'enfants lors de messes noires dites par des prêtres débauchés (dont Étienne Guibourg), profanations d'hosties ou même fabrication de fausse monnaie.
Ce zèle de la part de La Reynie vient de la lutte entre Louvois, ministre de la Guerre, et Jean-Baptiste Colbert, Louvois menant une enquête secrète pour le compte du Roi, tandis que certains des nouveaux accusés illustres étaient présentés comme des proches de Colbert, dont l'influence sur le Roi avait fortement chuté, après avoir été contestée par les milieux catholiques ou économiques dès 1669. Cette contestation s'était amplifiée après la faillite en 1674 de la Compagnie des Indes occidentales, puis la liaison entre le roi et la Marquise de Maintenon, qui reproche par écrit à Colbert de n'être pas assez attentif à la religion.
Après l'exécution de sa mère, la fille de la Voisin mit en cause Madame de Montespan, déjà en disgrâce auprès du roi : celle-ci aurait eu des relations avec la Voisin, sans doute pour obtenir des poudres, propres à lui ramener l'amour du roi, et aurait participé à des cérémonies de conjuration. Il n'existe cependant aucune preuve qu'elle ait pris part à des messes noires ou ait organisé l'empoisonnement de ses rivales, telle Marie Angélique de Fontanges, décédée de mort naturelle mais dans des circonstances jugées à l'époque étranges. Madame de Montespan, mère des enfants du Roi, resta à la Cour. Malgré les rumeurs concernant son ancienne favorite, le Roi continua à la voir chaque jour, lorsqu'il visitait ses enfants.
La Chambre ardente prononça contre des comparses secondaires 36 condamnations à mort, plusieurs aux galères et fut dissoute en 1682 par ordre de Louis XIV, sans qu'aient été jugés les accusateurs de Madame de Montespan, qui furent enfermés dans des forteresses royales, comme la forteresse du Saint-André, à Salins-les-Bains. La Voisin fut brûlée vive en place de Grève le 22 février 1680. Plusieurs condamnées furent enfermées à la citadelle Vauban du Palais, à Belle-Île-en-Mer.
« Historiquement Show - Le Grand Débat - Épisode #20 » est une émission sur les faits historiques animée par Michel Field : livres, films, expositions sont décortiqués et où des invités et chroniqueurs spécialisés débattent sur un thème en particulier.
Michel Field reçoit pour ce débat de cette émission les invités suivants :
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