Nés en France, ceux que l'on appelle « beurs » entrent dans l'âge adulte en pleine crise économique. Leur culture est métissée, entre école de la République et traditions familiales venues du « bled ». Cette génération revendique sa place. Face à la recrudescence des crimes racistes, les jeunes Arabes des banlieues débutent en 1983 une Marche pour l'égalité et contre le racisme (ou Marche des beurs) qui rassemble plus de 100 000 personnes à son arrivée à Paris. Leurs espoirs seront vite déçus… La fin des années 1980 est marquée par la montée du Front national. En réaction, une partie de ces jeunes, en plein désarroi, se replie sur l'identité musulmane. C'est le début de l'affaire du voile (1989).
À l'été 1995, une série d'attentats secoue la France. Khaled Kelkal, un jeune de Vaulx-en-Velin, devient l'ennemi public numéro 1. La confusion entre pratique de l'islam et islamisme s'amplifie. Dans les cités, jeunes Arabes et jeunes Noirs inventent, à partir du hip-hop américain, une contre-culture qui devient culture de masse. S'ouvre alors une période paradoxale. Alors que le pays célèbre dans l'hystérie les couleurs black-blanc-beur de 1998, la seconde Intifada (2000) devient un combat de substitution pour certains jeunes désorientés qui s'en prennent à la communauté juive. L'effondrement des tours jumelles en 2001 achève de stigmatiser les musulmans. A un moment où, pourtant, l'expression « musulmans de France » prend tout son sens. Au point que, en 2007, l'entrée au gouvernement de trois femmes issues de l'immigration — Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade — apparaît à beaucoup comme aussi nécessaire que tardive.
Ce troisième volet s'intéresse à l'intégration des jeunes musulmans nés en France et à l'évolution de leur sentiment religieux, et met en exergue la montée du racisme et de la peur de l'Islam, des premiers phénomènes de violence dans les banlieues en 1981 aux attentats du 11 septembre 2001. Le commentaire sur des images d'archives et d'illustration alterne avec de nombreuses interviews de spécialistes, personnalités ou anonymes qui témoignent également de leur histoire personnelle.
Sont Interviewés :
Djamel Attalah (Consultant), Ahmed Boubeker (Sociologue), Abdel Raouf Dafri (Scénariste), Bariza Khiari (Sénatrice de Paris du PS),
Benjamin Stora (Historien), Tarek Oubrou (Imam de Bordeaux), Père Christian Delorme,
Dalila Kerchouche (Journaliste et Écrivain), Abd Al Malik (Chanteur), Mohamed ZENNAF (Éducateur à la Retraite), Linda Amiri (Historienne),
Fatoumata Coulibaly (Styliste), Mahamet Timera (Sociologue)
Que signifie être Musulman dans la France d'aujourd'hui ? Est-ce croire en Dieu et prier ? Avoir des racines de l'autre côté de la Méditerranée ? Comment l'Islam est-il devenu en cent ans la 2ème religion de France ? Cette fresque passionnante et inédite raconte un siècle de présence musulmane en France…
Cette série documentaire en trois volets retrace l'histoire de la présence musulmane en France durant un siècle, depuis l'arrivée de quelques milliers de Kabyles en 1904 aux nominations de Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade au gouvernement en 2007.
À Noter :
Le film a été sélectionné pour le Fipa 2010, hors compétition, dans la section « Situations de la création française ».
Le narrateur que l'on entend au long des trois épisodes est l'acteur Lyes Salem, réalisateur du film Mascarades, en 2008.
Ce triptyque est librement inspiré du livre Histoire de l'islam et des musulmans en France du Moyen Age à nos jours, ouvrage collectif sous la direction de Mohammed Arkoun (éditions Albin Michel).
Voici la liste des 3 épisodes qui composent ce programme :
- Musulmans de France - Épisode 1 - Indigènes 1904 ? 1945
- En 1904, 5 000 musulmans travaillent en métropole, dans les usines de la capitale, les savonneries marseillaises ou les bassins miniers du Nord. La Première Guerre mondiale en fait des soldats. Venus d'Afrique du Nord et d'Afrique noire, ils découvrent la France dans les tranchées de Verdun. En 1918, le bilan est lourd pour ces troupes : 80 000 morts, autant de blessés. Au lendemain de la guerre, la France salue le sacrifice des troupes coloniales : elle est fière d'être un « grand empire musulman ». Pour preuve, la construction de la mosquée de Paris, en 1926, et les honneurs réservés à son premier recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit, musulman d'Algérie et haut fonctionnaire du Quai d'Orsay. Mais cette politique islamophile de prestige doit être confrontée à la situation des 100 000 musulmans venus reconstruire le pays.
Mal logés, en mauvaise santé, considérés comme dangereux, ils sont tenus à l'écart du reste de la population. L'hôpital « franco-musulman » qui leur est exclusivement réservé est étroitement lié aux services de police. Une police spéciale, la brigade nord-africaine, traque sans relâche les premiers indépendantistes menés par Messali Hadj. Car la politisation fait son chemin… Et lorsque la seconde Guerre éclate, la France recrute à nouveau massivement dans ses colonies.
- Musulmans de France - Épisode 2 - Immigrés 1945 – 1981
- L'année 1945 marque le début d'une nouvelle ère : celle de l'enracinement. La vie des travailleurs algériens et marocains s'organise désormais autour des cafés, des hôtels, des épiceries… Leurs épouses les rejoignent. Des enfants naissent en France. Tous prennent de plein fouet la guerre d'Algérie, qui éclate en novembre 1954 et s'exporte en France, où les attentats se multiplient. Pour les autorités, les Nord-Africains sont désormais des suspects, sans distinction. La répression policière atteint son paroxysme lors de la manifestation du 17 octobre 1961 : une centaine d'Algériens sont assassinés en une nuit. Bien que chèrement gagnée, l'indépendance n'inverse pas les flux migratoires. Les Algériens continuent d'affluer massivement vers la France et ses bidonvilles, où ils sont désormais des immigrés.
Sur fond de misère, le fossé se creuse avec leurs enfants, qui grandissent en France, fréquentent les écoles de la République et s'immergent dans la culture française. mai 1968 fait surgir la « question immigrée » dans le débat public et suscite une vaste campagne de relogement dans des foyers et des HLM. L'opinion découvre alors la présence discrète des travailleurs africains, pour la plupart des musulmans venus du Sénégal, du Mali et de Mauritanie. Mais les années 1970 restent celles d'un interminable après-guerre d'Algérie : crimes racistes, drame des harkis parqués dans des camps… Au seuil des années 1980, les enfants d'hier sont devenus des adolescents. La France, qui ne les a pas vus grandir, va bientôt apprendre à compter avec eux.
- Musulmans de France - Épisode 3 - Français 1981-2009 (Programme Actuel)