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Le long métrage documentaire La Variole : Anatomie d'un Fléau revient sur l'épidémie de variole qui a frappé Montréal en 1885 pour évoquer, telle une mise en garde, une crise de la santé publique au 21e siècle. Confrontées à l'agitation sociale, à la colère à l'endroit des groupes ethniques et à l'effondrement de l'économie, les autorités luttent pour maîtriser la pandémie.
Plusieurs spécialistes sont interviewés dans le film, dont Michael Libman, épidémiologiste, Theresa Tam, directrice du Centre de mesures et d'interventions d'urgence, André Picard, journaliste du Globe and Mail spécialisé en santé publique et l'auteur de Montréal au temps du grand fléau : l'histoire de l'épidémie de 1885.
Croyant avoir contracté la varicelle, une agente de bord, la patiente Zéro, s'isole dans une chambre d'hôtel à Montréal. Quelques semaines plus tard, elle retourne au travail, inconsciente du rôle qu'elle aura joué dans la catastrophe qui va s'abattre sur la santé publique. Les pandémies ont tué plus de gens au cours de l'Histoire que toutes les guerres réunies. Elles sont imprévisibles et inévitables. Sommes-nous prêts à affronter la prochaine ?
La variole : anatomie d'un fléau juxtapose un scénario du 21e siècle et l'épisode méconnu de l'épidémie de variole qui a décimé Montréal en 1885. Le film revient sur cette dernière grande rencontre entre l'Amérique du Nord et la « mort rouge » pour nous présenter la vision saisissante d'une ville moderne en état de siège. À la fin du 19e siècle, alors que Montréal est la principale métropole canadienne, la variole est évitable. Donc, lorsque le chef de train d'un convoi entrant dans la ville présente les symptômes de la maladie, les autorités devraient être en mesure de juguler l'infection. Mais un enchaînement d'erreurs fatales et d'événements malheureux vient assombrir le tableau et un lot de vaccins contaminés achève de semer la panique et la méfiance dans une ville d'ores et déjà divisée par la langue, la religion et les classes sociales. Le chaos entretient les épidémies. Ainsi, lorsque l'épidémie de variole de 1885 parvient au terme de son horrible parcours, elle a fait plus de 2500 morts, pour la plupart des enfants des quartiers franco-phones défavorisés de la ville.
Ce film documentaire nous met en garde et sonne en quelque sorte l'alerte lorsque la docteure Theresa Tam, qui supervise les équipes d'intervention en cas d'urgences sanitaires à l'échelle pancanadienne, se joint à l'épidémiologiste Michael Libman et à d'autres spécialistes pour spéculer sur la trajectoire d'une éventuelle pandémie contemporaine. Faisant écho aux événements de 1885, les autorités luttent pour maîtriser l'infection en dépit de l'agitation sociale, de la colère à l'endroit des groupes ethniques et de l'effondrement de l'économie. Des scènes d'un réalisme frappant reproduisent les images inquié-tantes d'urgences surpeuplées, de devantures de boutiques fermées et de coercition policière. Habile mélange de fiction et d'histoire populaire, La variole : anatomie d'un fléau aborde les craintes d'une guerre biologique et l'expérience récente du SRAS et du sida pour élaborer une réflexion passionnante et des plus opportunes sur ce qui peut se produire lorsque frappe une pandémie. Inspiré de l'ouvrage de l'historien Michael Bliss Montréal au temps du grand fléau : l'histoire de l'épidémie de 1885.
Plus d'un siècle plus tard
Parallèlement aux épisodes ponctuant la montée de l'épidémie de 1885, le réalisateur nous fait voir, 125 ans plus tard, une agente de bord qui, à sa descente d'avion, croit souffrir d'une varicelle, qu'elle réussit néanmoins à surmonter après quelques jours de congé. Mais l'employée d'origine caribéenne qui nettoie la chambre d'hôtel qu'elle occupait contracte le dangereux virus de la variole dont souffrait en réalité l'agente de bord. Quand les pustules apparaissent, elle se rend à l'urgence, où le corps médical prend beaucoup de temps à déterminer de quel mal elle est atteinte, car on n'a plus vu de cas de variole depuis 1962, la maladie ayant été éradiquée. Quand l'hôpital reçoit le diagnostic du Laboratoire national de microbiologie du Canada, on met en oeuvre le plan d'urgence prévu par les autorités nationales. Les gens désertent les commerces et les restaurants tenus par des Caribéens, qu'ils tiennent responsables de ce fléau. Au début de l'été, croyant que l'éclosion est maîtrisée, les autorités maintiennent la programmation des divers festivals d'été. Ces rassemblements se soldent par une recrudescence de la maladie. Les cas se multiplient et affluent dans les urgences déjà engorgées. Le personnel médical devient vite insuffisant. Le taux d'absentéisme dans les entreprises et les hôpitaux s'accroît. On décrète la vaccination obligatoire, mais plusieurs personnes refusent de s'y soumettre. Un chaos comparable à celui vécu en 1885 s'installe.
Si l'histoire se répétait
Le réalisateur a voulu nous fait prendre conscience qu'une épidémie surviendra inévitablement dans les prochaines années. Avec le concours d'experts en épidémiologie, en médecine de première ligne, en journalisme et en planification d'urgence, il s'est interrogé sur notre capacité à y faire face. Même s'il est plus vraisemblable qu'un nouveau virus de la grippe soit à l'origine de la prochaine pandémie, une épidémie de variole n'est pas exclue, car des scientifiques ayant travaillé au programme soviétique d'armes biologiques ont pu conserver des échantillons du virus, affirme dans le film un scientifique russe aujourd'hui aux États-Unis. Or, le Canada ne dispose que de six millions de doses de vaccins contre la variole, un nombre nettement insuffisant pour immuniser l'ensemble de la population. Le cinéaste croit qu'il ne faut pas s'en remettre entièrement aux autorités sanitaires du pays, qui ne seront jamais assez bien préparées à une épidémie de variole, une maladie beaucoup plus dangereuse que le SRAS ou la grippe H1N1. Il souligne la fragilité de notre système de santé qui, à ses yeux, serait vite dépassé par les milliers de cas qui afflueraient en peu de temps dans les urgences déjà surpeuplées.
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