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Dans ce film, tourné durant l'année 2005, le réalisateur utilise comme fil conducteur, un patron atypique d'une entreprise industrielle de Haute-Savoie, qui emploie un millier de personnes, dont 700 à l'étranger et 300 en France. Âgé d'une soixantaine d'années, Yves BONTAZ incarne « le patron » au sens noble du terme, qui a bâti seul son entreprise à force de travail et d'énergie. Ses valeurs sont celles du travail, de la famille et des amis.
Au fil des visites sur les trois sites de production de l'entreprise, en France, en République Tchèque et en Chine, il évoque pêle-mêle ses débuts, les difficultés actuelles, ses priorités économiques et humaines, l'avenir.
Ce patron est un personnage jovial, qui semble sincèrement soucieux de maintenir le site français en activité et d'y garantir l'emploi. Son parcours illustre à lui seul, dans ses mécanismes et ses contradictions, quarante années de capitalisme florissant jusqu'aux dernières orientations de libéralisation financière et de délocalisation. Autant est-il un « bon » patron sur le site français, à « tu et à toi » avec certains de ses ouvriers, maîtrisant le produit et l'outil de production, autant il est étranger aux réalités sociales et humaines des pays vers lesquels il délocalise.
Il ignore même jusqu'au tarif horaire de rémunération de ses employés chinois. Il faut dire que le choix de délocaliser lui a été imposé par ses clients que sont les constructeurs automobiles. Finalement, d'acteur, il est passé au rôle de figurant d'un processus qui le dépasse. Pour étayer son propos, Gilles Perret fait intervenir des analystes économiques, des ouvriers, des syndicalistes locaux, et d'autres dirigeants de la vallée de l'Arve, dont les entreprises ont été rachetées par des fonds de pension.
Suite à plusieurs plans sociaux dans ces entreprises à capitaux financiers, la vallée du décolletage, est, pour la première fois de son histoire, le théâtre d'une manifestation ouvrière. Dans cette région peu habituée aux revendications sociales, la scène semble incongrue. Le film montre que les fonds de pension, dont les actionnaires sont aussi insouciants qu'invisibles, constituent une réelle menace pour la viabilité des entreprises industrielles, en ceci qu'ils puisent dans les profits réalisés, non pas pour réinvestir dans l'outil de production, mais bien pour rembourser les investisseurs de leur emprunt.
Le désarroi est partout. Chez les ouvriers bien sûr, qui, d'un jour à l'autre, basculent dans une situation d'extrême précarité, mais aussi chez les patrons traditionnels qui sont soudain privés de leur outil de pouvoir : l'entreprise. Dans cette affaire, tous sont perdants. « Ma Mondialisation » se veut le reflet du dérèglement progressif de l'économie de marché libérale. Tous, patrons et ouvriers, syndicalistes et économistes, assistent impuissants à l'emballement d'un système absurde sur lequel plus personne ne semble avoir prise.
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